Archives de catégorie : Poèmes

Dits d’un barde aux portes du Printemps


Un barde voit, un barde dit :

« Effluves d’un crépuscule enivrant,
Ombres allongées comme femme désirant
Élans de l’homme dérisoires.
Plénitude du vibrant solitaire,
Émergence de sommets glazik en gloire,
Accueil des rayons de l’ami Soir
Dont l’onde mon être sidère. »

Le barde écoute, le barde s’ancre :

« Arcanes bleues d’or
Et foi lustrale de l’inspiré
En moi créent l’osmose
Qui fait en éclat voler
Les enclaves carcérales du symbole
La chevalerie du Grand Paraître
Les paroles illusoires du vieux monde. »

Tout là-haut, sur le promontoire
L’homme contemple l’étendue vers l’Océan.
Front radieux, luminescent :

« Qu’Il est loin le souffle du Vent
Porteur d’augures funestes !
Le silence s’accouple à la nuit sereine.
Il procure l’allonge de l’esprit,
Cette sensation douce de l’homme évanescent,
Qui devant les Déités s’incline
Accepte l’abîme du Grand Dessein
Embrasse en lui son destin. »

A ces mots,
L’œil de Bel sombrant
En Baie du Ponant
Vire rouge puissant
Disque incandescent.

Sa clarté de sang ondule,
Sa lumière pourfend
Êtres des plaines, des champs
Ses rayons ciseleurs fécondent
L’Autre Monde et ses profondeurs.

Un feu de vie alors s’anime
Sur le Tertre, où lui répondent,
Alertes, de divins gardiens.
Esus L’Enraciné
Consume l’ancien, putréfie l’intime.
Airmid aux doigts fertiles
Boit du jour les photons ultimes.
Le Grand Cornu en sa grandeur
Gronde et clame dans les bois son ardeur.
Au souffle chaud du Dieu répondent
Les chants du Peuple de l’Autre Monde.

Intron Noz pose à présent sur le dôme son voile.
Tout est suspendu aux vibrations des étoiles.
Et le village en contrebas s’endort une fois encore
Sourd au chant de l’obscur,
Aveuglé par les soutanes, les censures.

Vigile du nemeton
Son feu créateur, le barde tisonne.
Quand point la fin du jour
En lui rayonnent
Être et Awen entrelacés d’amour.
Ses yeux de braise alors se closent,
Des visions d’extase en lui éclosent.
Et son chant s’élève, sa voix explose.
Son esprit de chantre caresse,
Effleure alors avec passion
Le creux des reins de la Tradition.

Hommage aux ancêtres et aux pères

Honneurs aux ancêtres porteurs des mémoires, honneurs aux pères du Bro et de tous…

img_20150102_181019Kenavo, Tad, kenavo !

Au pays des Ancêtres
ta vie est consacrée
et ta mémoire constellée
de feuilles d’or et d’étoiles.

Kenavo, Tad, kenavo !

Par les vents et le sable chaud
de la Palud, très haut
dans le ciel, les corneilles
louent ton ultime sommeil.

Kenavo, Tad, kenavo !

Des certitudes de silence
œuvrent dans la Baie Lumière.
Et dans les rues de Kemper
rayonne l’Hier de ta présence.

Klevout a rez Tad ma mouezh du-hont ?
Klevout a rez betek amañ kanoù da vro ?
Merzout a rez bremañ, hendad, sklerijenn ar spered1 ?

Les mots peignent de toi des souvenirs,
diluent en vain tes traces d’absence
mais une voix résonne en moi
et dit tout en conscience
comme du fond des flots :

« Kenavo, Tad, kenavo ! »

1 Tad, entends-tu ma voix au loin ? Entends-tu jusqu’ici les chants de ton pays ? Ressens-tu maintenant, ancêtre, la clarté de l’esprit ?

Poème bardique – Dans le tumulte du monde, apprendre à être, agir et œuvrer dans sa juste vérité

locronan-dalles-librairie-celtiqueLa colère exalte son feu à pleine puissance
Dans l’à tout prix ignorance d’être.
Tout est occlusion cervicale, mésalliance,
Déréliction d’esprits agités de paraîtres.

Une scène de tumulte s’érige.

Les fuyards incontinents, proprement atterrés,
Redoutent de voir leur confort bouleversé.
Leur corps-pantin mis en déroute, s’agitent
Et donnent à voir l’absurde spectacle de héros
Indignés, pourtant si peu pusillanimes
Qui ont perdu leurs valeurs et qui très vite
Ont soif de Lumière à s’en sevrer,
Radieuse pilule des torpeurs de l’Ego.

stries plageOui
L’ire saisit la plèbe d’une convulsive panique
Elle gronde et racle frénétique
La moëlle des os d’humains détournés d’eux-mêmes.
Elle envahit leurs sens d’un suc amer
Liquéfiant force, explosant les nerfs
Elle pourfend la sérénité du gai rire.
Seule demeure l’aveuglante perspective
D’exister dans la peur de jouir, de mourir.

La Chute annoncée par l’Unique,
La voici trop bien ancrée dans les mœurs.
Elle s’annonce illusoire et sévère,
Œuvrant de préjugés en préjugés dans la matière,
Spirituel anathème des Dieux d’hier.

« Qu’en est-il des Dieux d’aujourd’hui ?
Qui écoute ? »
Me chante Brigantia sous l’étoile Tandour…

Ys - Dahut - Baie de Douarnenez Soudain, évanouissement des pensées :
Voici que l’ondée vient caresser la côte de la Baie.
Elle lustre mes vœux intimes de gloire écharpée,
Et accomplit le rêve des Dieux, tout en clarté.

Une veine d’argent zèbre les cieux, l’espace,
Retour vers un océan d’ancrages.
Mon regard sur l’horizon prend toute sa place.
L’immensité d’un souffle irradie alors
L’argent des brumes, la fragrance de l’écume.
S’imposent alors à moi tout à la fois Vie et Mort :
Infinie plénitude d’un ciel gwenn et glaz.

Agir et œuvrer dans sa vérité essentielle,
Celle d’être entier dans le royaume de l’humus
Là où l’odeur de l’humanité demeure pourtant si crue, si aigre.
Je suis là, traversé par le chant du monde
Et se révèle à moi une vérité intime, de joie infime :

Ma vie tient d’une passion d’être chaque jour renouvelée,
Dans la Foi
En Conscience
Avec Lucidité.

Taliesin
26e journée du Premier Grand Quartier Roue 2