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Hymne à Sucellos

Sucellos

Ô Sucellos aux bras vigoureux
Toi qui te tiens sur le seuil
Où temps et espace ne font qu’un,
En un coup de ton maillet
Le Noir se heurte à l’Ombre
En un coup de ton maillet
S’ouvrent les Grandes Portes.

Ô Sucellos, Passeur devant les passeurs
Dans les profondeurs de ton Royaume, l’ovate descend
Dans les profondeurs de ton Royaume, l’initié ressent
Dans les profondeurs de ton Royaume, le prêtre entend…

En Omnia, Dieu frappeur
Tu dresses ton maillet avec vigueur
Et heurte trois fois le cœur de la Terre
Et la Terre par trois fois vibre
Et la Terre par trois fois pulse
Comme un cœur à l’Autre-Monde soumis .

Dans le Temps hors du Temps, Dieu Aîné,
Dans la Nuit des Sages
Dans l’Au-Delà sans âge
Tu dresses ton marteau avec force
Et frappe trois fois l’Antre des Intermondes.
Ogmios l’Implacable alors surgit
Et par l’onde, le corps trois fois frémit
Et par trois fois l’être se relie
Au Destin, à l’infini.

Et maintenant, Sucellos,
Maître des Portes et des Passages,
Toi qui, auprès d’Ahès, vois les êtres sans fard,
Tu veilles.
Tu veilles au seuil de Seidonos
Tu veilles au passage de ceux qui,
Dans le noir du soir,
Murmurent…
Murmurent aux vivants les secrets de l’âme
Reçoivent des vivants, regrets et larmes.

Toi, filtreur du Monde Ancien,
Gardien de la porte des Ancêtres
Veilleur des Renaissances
Toi qui laisse passer le cheval et le chien
Toi qui nous entraînent en tes riches profondeurs
Anime en nous le souffle de l’Autre-Monde !

Honneur à ta présence, Sucellos !
Honneur à ta puissance, Sucellos !
Honneur à toi, le Frappeur
Ô Sucellos, glorieux dans l’éternité !

Cernunnos, Gardien des animaux et des instincts

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Une représentation très populaire de Cernunnos

En tant que prêtre serviteur de Cernunnos, je livre l’approche issue de mon expérience. Il s’agit d’un reflet qui ne dit pas tout, l’essentiel étant, selon la Tradition, transmis par l’oralité. L’écrit ici ne remplace pas l’expérience de chacun que je vous invite à vivre au sein des cercles sacrés, dans le cadre de cérémonies auprès des sacerdotes, avec leur soutien et leur accompagnement.

Cernunnos, Dieu de la Vie

Il me paraît pertinent de rappeler que cette divinité est le Dieu de la Vie dont il est le garant et non le Dieu « de la Nature » : le grand Cornu n’a pas la maîtrise du monde végétal, ni du monde minéral avec qui il collabore. Il s’inscrit dans le Panthéon de la Vie avec les Aînés Aesus et Airmid (le monde végétal) et la divinité liée aux champignons et, comme eux, il demeure très « sensible » aux cycles solaires et aux transformations liées aux saisons, d’où l’attribution au Grand Cornu par les Celtes de cornes de cerf notamment.

Considérations diverses et figées sur le Grand Cornu

Certains disent du Grand Cornu qu’il est une divinité uniquement gauloise s’appelant « Cernunnos ». Certains peuples ou ethnies de Gaule l’ont nommé ainsi à leur époque, ce qui en soi permet de savoir de nos jours de quelle divinité nous parlons en lien avec notre continent, mais cela n’en fait pas pour autant un dieu « gaulois » au sens strict puisque son culte est plus ancien que les Celtes, et encore moins un « Dieu Cerf ». Le Grand Cornu et sa prêtrise ne sont pas liés à un seul peuple et encore moins à une culture et une tradition uniques. Présent sur toute la planète, sous des formes diverses et des noms variés également, suivant les traditions qui résonnent dans les pagus et les continents, cette divinité est le garant du feu de la Vie, des forces génésiques et le protecteur (à un certain niveau) du monde animal, dont l’homme fait partie.
D’autres considèrent Cernunnos comme un dieu « total », qui rassemblerait de multiples aspects symboliques, universels et « cosmiques », et qu’il serait médiateur « entre le Ciel et la Terre ». Cela déploie l’idée que Kernunos1, par une souveraineté qu’il détiendrait, assumerait une suprématie sur tout, et de ce fait supplanterait les autres divinités et surtout les Aînés. Du point de vue de la Tradition et de mon expérience, cette position n’est pas tenable. Il faut apprendre à dépasser l’héritage figé, que l’on trouve notamment dans les livres, et savoir à mon sens dépasser les considérations symboliques, les interprétations intellectuelles et les fantasmes, chercher la relation avec la divinité et se laisser œuvrer par elle.
Enfin, certains l’inscrivent dans un « bithéisme » en l’associant à « LA Grande Déesse » 2 quand il ne devient pas un beau gosse body-buildé romantique avec des cornes sur la tête arpentant des bois aux fées – illustration fantasmatique qui pullule partout sur internet. Réduire le Grand Cornu à un homme séduisant, « cool et fun » embrassant sa belle, personnage fortement humanisé et virilisé, tout en occultant soigneusement l’animalité inhérente à Kernunos, est à mon sens réducteur, pour ne pas dire caricatural et entretient l’ignorance.
Kernunos est puissance instinctive et sexuelle et n’a pas à ma connaissance de déesse parèdre parmi toute celles qui œuvrent3. Et, sur le plan sacré, ce sont les prêtres et les prêtresses du Cornu qui signifient et rendent dynamique la polarité sexuelle qui se joue dans le monde vivant.

  1. Le Dieu n’a que faire de la façon dont est orthographié son nom. Je pourrais aussi l’écrire « Kernounos », qui est la version écrite de la façon dont il m’arrive de le nommer.
  2. À titre de druidisant sacerdote, il n’y a pas pour moi de « Grande Déesse » mais plusieurs Déesses.
  3.  Au nom de la Tradition, ma prêtrise ne peut également cautionner la représentation systématique  de couples de divinités et du syncrétisme divin, héritage du celtisme, tel que le couple Rigani avec Cernunnos mélangé avec Esus et Taranis par exemple.
Cernunnos-pretrise et prêtres

Emblème de la prêtrise de Kernunos

Avec Cernunnos, les instincts, les puissances sauvages, primaires et sexuelles sont à l’œuvre

Relié au chaudron du bas, Kernunos est esprit brut et sauvage qui déploie et libère en les êtres animés les puissances sexuelles, les forces de fécondation et de fertilité et surtout les instincts. Ensemenceur, il représente ainsi l’état de nature dans son aspect le plus libre, affranchi de l’état de culture. Il est l’initiateur sexuel des hommes et des femmes par le serpent, et son animalité invite le païen à s’affranchir des normes et à écouter ses instincts.
Avec le Cornu, il ne s’agit pas de « dépasser » notre dimension d’être instinctif et sauvage, ni de refouler les forces primales et les peurs en soi, mais de pleinement accueillir ces dernières, d’en jouir, apprendre à les connaître par l’expérience du corps, en considérant qu’elles font partie de notre état de nature.
L’être humain est un animal et doit l’accepter avec courage, non ranger cet état de fait sagement derrière une triplicité et une vision intellectuelle et rassurante de Kernunos.

cernunnos

Cernunnos et l’Autre-Monde

Par les cornes, le Géant aux animaux est connecté à l’Autre-Monde (nommé Sidh selon les textes irlandais) dont il traverse les strates. Il protège des lieux spécifiques interfacés au Sidh. Il est anima (dans le sens premier et non sens jungien) qui toujours circule entre l’Autre-Monde et notre monde. Cernunnos est un arpenteur des mondes, un marcheur du monde sauvage qui n’œuvre pas systématiquement dans les forêts. Toujours il se déplace, nomade entre les mondes. En aucun cas il n’est le Gardien de l’Autre-Monde comme je l’ai vu trop souvent écrit, cette fonction étant réservée à l’Aîné Sucellos. Il demeure encore moins un Dieu en lien avec la Mort, domaine entre autre réservé à l’Aînée Ahès. Le Dieu Cornu, qui défend la Vie, ne lutte pas contre la Mort – ceci serait une aberration au regard des lois naturelles et de la Coutume, car Vie et Mort sont intrinsèquement liés en fin de compte, créant la dynamique fondamentale du Vivant et du Mort. Mais Cernunnos se situe dans un principe créateur de Vie et de potentiel. Il porte concentré en lui la flamme de la Vie qu’il déploie dans la reproduction de tous les animaux.

Un hymne dédié à Cernunnos

cernunnos torque
Depuis les premiers cris,
Depuis l’Aube des Temps,
Par delà l’ombre épaisse de la nuit,
Par delà l’éclat vibrionnant du jour,
En puissance, tu veilles et demeures,
Grondant et altier, père protecteur.

Tant de fois, depuis ton avènement, la Roue a tourné
Tant de fois, dans tes grottes profondes, les eaux ont coulé
Tant de fois, sous tes pas d’instinct, la terre a vibré
Tant de fois, en ton nom, des mystères se sont révélés.

Et les hommes d’autrefois, dans la brume, se sont pour toi dressés
Et les femmes d’hier, sous un dôme d’étoiles, ont pour toi dansé.

Dès les premiers frémissements du monde
Toute union des êtres par toi est devenue féconde.

Dieu sauvage, qui sonde la nuit
A présent, je te chante.
Je te chante, dans les bois ancien.
Je te chante, au gré du vent qui inspire.
Je te chante, sur les hauteurs sacrées de mon pays.
Je te chante à la face du monde
Et réaffirme le lien qui m’unit à Toi,
le Pourfendeur des brumes
Celui qui ouvre nos sommets
Toi, le Porteur de la flamme de vie
Maîtres des bêtes et des serpents,
Toi, Grand Purificateur
Celui qui pétrit l’humus créateur
Et arpente nos rêves de sacrificateurs.

Le trône noir de Cernunnos, le Géant aux animaux

Le trône noir du Géant aux animaux

Par le Cerf qui fend la forêt
Par le torque et le serpent !
Ventre de la Mère !
Tertre sacré !
Force vitale !
Racines obscures !
Que monte la sève d’or !

Je te chante, Seigneur écorché !
Je te nomme, Dieu fertile !
Ô Cernunnos !
Grand Cornu !
Régent de l’Autre Royaume !

Dans le juste équilibre qui relie le tout
Que ta puissance purifie la Terre de toute souillure,
Et rallume en nous le feu de la Vie.
Que ton esprit sauvage pénètre ce cercle,
Enveloppe ce cercle,
Protège ce cercle.

Que ton esprit libre, nourri par l’instinct sans âge,
Réveille en ces lieux la Vouivre suprême !

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Taliesin

Hymne à la divinité Airmid

Puissant Airmid, puissante Airmid tout autant…
Jusqu’à ces jours présents, peu d’hommes t’ont accordé un véritable regard, une attention sacrée. Et pourtant tu as toujours été là.
Encore peu t’écoutent maintenant, beaucoup nient ton existence et pourtant tu sais parfois subtilement inspirer et apaiser l’homme par ta présence invisible dans la Nature. Peu respectent le règne que tu protèges; cela, par paresse, insensibles au silence enseignant de ton royaume. Car, depuis bien longtemps, celui-ci est tombé sous la domination aveugle d’humains investis par l’orgueil, par l’envie de croître, de posséder. Ils ont toujours arrachés de droit la vie de la terre sans à toi humblement s’adresser et ont fait régner pouvoir sur la nature et leurs êtres frères, rendus à l’état d’objets.

Reçois cet hymne en hommage à qui tu es.

airmid02 Ermoudia d’entre les Dieux et les Déesses !
Toi, divin protecteur
Des plantes et des fleurs,
Tu guides l’ascension
De ceux qui germent
Sous les rayons bienheureux de Bel.

Ô toi Airmid porte-rosée,
Toi qui exerces ton droit de sève,
De ton souffle tu inondes
Un nuée d’insectes par les fleurs enivrés
Parés à féconder ton monde.

Vois !
Un rayon divin de lumière
Accueille et célèbre, glorieux,
L’harmonie des couleurs saisonnières.
Ton chant de croissance auprès d’Aesus
Résonne dans tout l’Univers
Et fait jaillir des effluves de pollen onctueux
Au cœur du Grand Vert.

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Ô Divinité secrète, père-mère des fleurs
Dans un lent jaillissement de douceur,
Dans l’ancrage docile et délicat des êtres
Sur qui tu veilles
À qui tu offres, immense,
Force, vigueur et beauté du silence
Tu règnes
Airmid
En puissance
Multiple essence
En régénérescence.

Airmid
Par l’air, la lumière, l’eau et la terre
Tu soutiens le germe.

Airmid
Dans un élan intrépide de feuilles et de tiges
Tu réveilles les graines
En terre endormies.

Tu crées l’éclat vif,
Qui rompt le fil de l’immuable
Pour que de la coque inerte
Jaillisse la vie verte
En ascension ralentie,
Et qu’entre l’étamine d’or
En propulsion vers la mort.

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Airmid
Reçois de nous la juste reconnaissance de qui tu es,
Par-delà le temps, par-delà tous les royaumes du monde.
Et, ô Puissance d’entre les Puissances,
Reconnais en nous tes serviteurs.
Nous honorons les forces de vie que tu déploies
Qui acceptent de se sacrifier pour nous nourrir,
Nous enseigner,
Nous guérir peut-être.

Accepte de nous une culture apaisée,
Accepte de nous ce désir de façonner
Qui parfois s’impose dans une parcelle de ton univers.
Accepte de nous le juste jardin
Pour que se déploient l’harmonie et la beauté
Entre les plantes et les hommes.

divinité-plantes-fleurs-airmid-druidismeEt Airmid
Reçois nos pensées fleuries de gratitude
Pour que le sacrifice des plantes que tu as su guider
Ne soit pas vain et futile.
Que leur substance et leur essence soient recueillies par l’Enraciné,
Et qu’Aesus transforme !

Reçois ainsi ces offrandes en retour
Pour le sacrifice de ce qui sera fauché,
De ce qui sera déraciné,
De ce qui sera coupé,
Afin que nous puissions fonder notre place en ce lieu
Libres de déployer un espace sacré de connivences avec Toi.

Hymne bardique dédié à Morrigan

Photo du pendentif de Morrigan par Caitlín Urksa nic Mhorrigan - http://scathcraft.wordpress.com/

Photo (retouchée par Taliesin) d’un pendentif de Morrigan par Caitlín Urksa nic Mhorrigan  – http://scathcraft.wordpress.com/

Ô Morrigan
Toi dont la voix et les gestes
Apaisent mes maux funestes !
Entends gronder la voix du Roi !
Écoute les mélopées de notre âme !
Respire la fragrance de notre dévotion !
Goûte à l’écume sanglante des guerriers !

VOIS !

Le signe rouge est manifesté,
La plume noire plantée.
L’épée des guerriers levée,
L’Appel du Roi lancé !

Derrière ton souffle
Mêlé d’un sombre sourire,
Je sens la Terre vrombir
Et une révolution en moi jaillir.

Quelle irrépressible puissance
Amère, sans substance,
Qui, de l’Inframonde, bafoue
Mes dernières résistances
Et de force s’échoue,
Sur les rivages fous
De ma clairvoyance !

Alors, Morrigana,
En ton nom, je me recueille, ivre
Et contemple cette nécrose,
Ta fascinante métamorphose.

Sans faillir, je m’expose
Et à Toi me livre.

Ô gouffre de l’Ire,
Divine Osmose !

Sans éclat et sans veine
Aux reins de diamants noirs,
Tel est ton corps, Fille de ma Reine,
Toi la sulfureuse
Qui, face au désir
De conquérir,
Devient une violente spire,
Voluptueuse,
Prête à m’ensevelir.

Ma peur, ce suc mielleux
Qui t’abreuve, se déverse
Dans ton antre visqueux.

Mes angoisses deviennent alors
De subtils rayons d’ombres adverses
Tombés dans ton calice de nacre et d’or.

Par Boduos et l’Anguille fouisseuse !
Par la demi lune qui tranche à vif,
Qui occulte de rouge mon esprit !
Mon front scintille.
Et le cercle vibre dans le grand noir.

morrigan-voie-rouge-feu

MORRIGAN !

Je crie ton nom, face aux étoiles
Et ne retient de ton visage qu’un souffle.

Toi la Puissante,
Toi la Vaillante !

Je suis à ton service,
Divine Indéfinissable,
Celle qui me propulse
Et me transforme
Dans le Grand Tout
Qui se meut,
Qui se meurt,
Qui s’étiole…

Pour n’être plus que Toi.