Archives mensuelles : juin 2015

Honorer le Panthéon de la Terre selon la Tradition

Roche sur le Roc'h Trevezel.

Roche sur le Roc’h Trevezel.

Chercher dans la Terre, dans la roche et sa pluralité de formes et de composition, des réponses, des soins, une certaine forme de magie, qui comblent le manque de courage à cheminer, à se transformer, à faire le choix de la guérison, à faire ce qui est juste en sa vie.
Remercier la Terre le temps d’une cérémonie, puis l’oublier, tout affairé à la vie profane, sans mesurer combien ce sont les nombreuses divinités rattachées à cette Terre qu’il est juste d’honorer en priorité, et avec qui entrer en relation.
Utiliser la roche et projeter une intention sur elle, l’utiliser comme un objet, en osant croire que cela est dû, par pure paresse d’un vrai travail vers l’Être et peur d’écouter les dieux.
Projeter dans la Terre des fantasmes d’hommes et de femmes frustrés et inertes, coincés dans le piège des paraîtres qu’impose illusoirement la culture humaine.

Tout cela est-il juste ?

roche-texture-détail
En tant que païens, nous avons à mon sens à œuvrer et communier avec les pierres et la roche de nos pagus dans le sens de la Tradition, au lieu d’aller courir trouver une pierre venue de Madagascar pour expérimenter et se convaincre de ce que disent les dictionnaires de lithothérapie.
Nous avons également à considérer en conscience la matière rocheuse et le monde des pierres non pas comme un univers aberrant d’êtres vivants en souffrance, mais comme des éléments du plan terrestre qui mutent en silence sous l’emprise du brumeux Ogmios, en relation avec le monde des divinités du panthéon de la Terre.
Même si la Terre, en tant que réceptacle et centre-nuit d’où jaillit la Vie, recueille la mort, brasse l’humus et contient de la vie qui grouille et parce que tout est effectivement en relation sur notre plan terrestre, roches et pierres ne sont pas en effet en lien direct avec les divinités liées à la Vie et au monde sensible des plantes et des animaux. Celles-ci sont fragments des déités qui ont à nous transmettre la Tradition en lien avec la Terre et à nous enseigner le sens juste de la relation avec le monde minéral. Et, à ce titre, elles doivent recevoir le même respect que nous devons avoir pour les êtres vivants des règnes végétal et animal.

Au cœur de la Tradition druidique : l’Awen

awen et tribannÉvoquer l’Awen

L’Awen résonne comme le souffle du vent sur les hauteurs du Tertre. Il/elle réveille en moi le feu sacré de ma créativité que j’honore au solstice d’été. Il/elle est aussi fascinant que la brume qui vient de la baie d’Ys et s’étire sur les plaines de mon bro : force insaisissable et totale qui submerge et remplit mon espace intime.

De l’usage du mot « Awen »

Je suis toujours mal à l’aise avec les personnes qui utilisent le mot « Awen » pour ponctuer la fin de leur discours, comme ils emploieraient le mot hébreux « Amen » en fin de prière. L’Awen n’a rien de liturgique et n’est pas un mot qui sert selon moi à valider un discours. La question en ce cas est : « Cela est-il juste au nom de la Tradition ? Quel le sens et la cohérence de cet usage au regard d’une telle puissance ? »

La force inspiratrice de l’Awen

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’Awen est puissance d’inspiration qui traverse l’homme et les Dieux. Il/elle est souffle d’en haut, comme il/elle est aussi souffle d’en bas, remontant parfois des profondeurs : il/elle est ombre et lumière, juste polarité de la Tradition qui tend vers la dynamique. On devrait ainsi toujours représenter le symbole des trois rayons dans ses deux aspects.
L’Awen est un choc vibratoire qui, dans son principe de lumière, frappe et glace le front et réveille les trois chaudrons de l’Être; et dans son principe d’ombre, il/elle crée une sorte de chaos intérieur qui fait entrer le corps en résonance. La personne, touchée par l’Awen, est alors telle une corde pincée très fort qui peut vibrer jusqu’à entrer en transe bardique. Par le seul fait de la transe due à l’Awen, la personne est ainsi reconnue barde et investie de cette fonction sacerdotale par les divinités.

pierres de l'awen du bardeAvec l’Awen, « rien ne va plus »

Le barde, réceptacle d’une puissance qui le dépasse, devient un awenydd, religieux chantre inspiré qui exprime, recrée, réactualise, change la Tradition, en bouleverse les acquis et le conservatisme entretenu jusqu’alors par les bardes, tout cela par la seule action de l’Awen. En réalité, il/elle fonde et a toujours fondé la Tradition qu’il/elle rend vivante, comme le font également les Divinités.
Et l’Awen de se chanter en rituel, en cascade : instant pur d’éclat et d’ouverture des cœurs (Aaaooou-) et d’ancrage au final (-eeeennnn). À l’image d’une source jaillissante, il/elle devrait se chanter en réalité avec modération, c’est-à-dire une seule fois, au début de la cérémonie religieuse et non à la fin, car c’est une façon de faire venir l’inspiration sur le rituel. Par ailleurs, appeler l’Awen par le chant, c’est accepter d’ouvrir un robinet prêt à déverser cette force implacable, c’est prendre la responsabilité que l’Awen se manifeste en quelqu’un à chaque fois qu’il/elle est chanté, ce qui peut venir transformer l’ordre des choses, dans la cérémonie.

Ainsi, l’Awen n’est pas d’essence divine mais une puissance sacrée, transcendante, à respecter comme telle et à ne pas sous-estimer.

Collège des Bardes - Ordre Druidique

Emblème du Collège des Bardes de l’Ordre Druidique de Dahut

Gloire à Belenos, digne de gloire !

soleil-belenos-bretagne-druidismeAu jour le plus long de ta Gloire, Ainé Rayonnant, tu as atteint l’or de ton règne, l’apogée de ta force ! Au point culminant de la lumière, l’équilibre se rompt car naît déjà la première graine de l’obscurité. Désormais, les nuits vont s’allongeant, et toi, Belenos, tu vas déclinant pour mieux te régénérer encore et renouveler le Cycle.

belenosVois l’esprit d’Aedis, Belenos ! Les flammes du Tantad dansent dans la nuit, saluant à l’aube ta puissance qui s’endort. Puis inéluctablement tu t’élèves, tes rayons perforant le ciel comme dans un dernier sursaut de gloire. Tu nourris alors le blé qui se flamboie d’or et réchauffe le corps d’hommes et de femmes aveugles et sourds, las de leurs labeurs. Et déjà la Grande Dispensatrice se tourne vers ceux qui veulent l’entendre et l’honorer, pour préparer les récoltes.

solstice d'été
Voici pour toi, Belenos,
Voici pour vous, Divinités du Ciel et de la Terre,
Pour vous, Déités de vie et de mort
Pour vous, Ainées des Arts Magiques
Notre mandala d’étincelles,
Des offrandes venues du cœur,
des chants reliants,
Les fruits d’un solstice exaltant,
Les graines du recommencement.

Voici pour vous
Notre intime reconnaissance
Notre douce gratitude
Notre feu rayonnant d’amour,
Pour qu’en nous tout concourt
A exprimer la joie de notre dévotion.

Alliance et honneur au panthéon de la Terre

cheval-blanc-peinture-pierreEn tant que barde sur le chemin, en résonance avec mon état de nature et la druidité, plus je contemple la terre, les formes qu’elle revêt, plus je la touche et en savoure la texture, et plus je sens en moi un chant sourd et ancien, venu du bas, qui remonte des profondeurs et me pousse à vénérer les divinités de la Terre comme j’honore les divinités du monde végétal (Aesus, Airmid) et du monde animal, dont fait partie l’Homme, (Cernunnos).

Alors il m’arrive de peindre sur les pierres pour remercier le panthéon de la Terre et marquer mon respect. Au début, je recouvrais entièrement les pierres, que je peignais pour des raisons égoïstes de créateur qui voulait du confort.
Et plus j’ai avancé sur le chemin, et plus progressivement j’ai laissé la matière roche s’exprimer. J’essaie maintenant de trouver un équilibre entre culture et nature, et de ne plus recouvrir complètement la pierre qui parle.

Je la laisse malgré tout exprimer ce qu’elle est.
Au final, l’alliance créatrice de la pierre avec moi rend la pierre sensible aux yeux des hommes.
Le message passe, peut-être…

serpent-entrelac-celtique-pierre-peinte

Peindre un galet et en déguster la courbe par le toucher, c’est percevoir la beauté de l’eau qui a façonné la pierre. C’est honorer le temps et l’écoulement de l’eau vive, rendre honneur à Ogmios et aux divinités des eaux qui ont façonné ensemble le monde minéral, et ainsi remercier l’alliance des puissances du Panthéon de la Terre qui ont fait leur œuvre.

Imbolc Roue 2

Brigit,
Vois venir Imbolc….

La Roue tourne.

L’Agneau repu de lait et d’amour,
Relève la tête vers le Ciel
Et voit le soleil froid reprendre de sa force.

La bise réveille les feuilles
Engourdies par le gel.
La pluie a lustré la terre
De son eau glacée.

Au crépuscule,
La Grande Dame laisse flotter
Dans le léger vent de l’Hiver qui se meurt
Ses cheveux régénérateurs.

* * *
* *
* * *

La nuit est tombée.
Les flammes transcendent le cercle.
La cérémonie commence.

L’Esprit du lieu
Sort de sa léthargie terrestre
Et se meut,
Silencieux,
Au grès de nos paroles,
Devant les Arbres Témoins de notre Clairière.

Ô Douce Dame Brigit !
Ralimente notre foyer intérieur !

Offre nous
L’or de ta beauté
Dans nos yeux d’argent !

Que l’onde de l’eau qui porte ta joie
Nous lustre et nous enchante
Jusqu’au plus profond du Sidh !

Que ton feu magique
Agite en nous
Notre créativité sacrée
Alimente notre Awen
Tout au long de nos jours !