Résonance du barde dans l’instant


Le chant de ma terre fait écho aux battements de mon cœur. J’arpente les crêtes et chemins de mon bro, selon ce rythme tout à moi et respire la fragrance de l’humus sur le Tertre. Le Cornu, implacable, me guide et me montre d’instinct la justesse de ce qui est, à l’état brut, sans filtre culturel.

Je suis dans mon clair-obscur. Je creuse les sillons de ma vie et suis être de reliance.

Je ressens parfois d’autres Divinités au détour d’un chemin…
Brigantia, surtout, est là chaque jour que je me rapproche de Brigia notamment. La Déesse m’offre sa douceur et fait vibrer la corde d’argent et d’or pour que palpite mon front. Et les oiseaux fredonnent mon nom au sein de son foyer, en sa présence.

Parfois, sur cette terre de charbonniers, je ressens un souffle sur mon esprit suivi d’une étreinte caractéristique. Lui qui gouverne auprès des hommes la culture, Lugh, le crépusculaire, n’est curieusement jamais loin dans les bois. Il me redresse la colonne, et sa présence assure un réel soutien pour mes projets d’arts, pour l’accomplissment dans la sérénité de mes visions.

Et, parfois, sur ma terre, tout est silence et vent d’amour. La paix œuvre à chaque inspiration, à chaque expiration, dans l’ondulante mouvance de la Vie.

Je vibre en toute simplicité, selon les accords donnés par mon destin.


Au sortir des bois de Neved, je retourne alors dans le monde agité de paraîtres et d’un tumulte sans fin, mais demeure serein, guidé par ma foi, cet intime élan qui me relie aux Dieux et aux Déesses.

Dits d’un barde aux portes du Printemps


Un barde voit, un barde dit :

« Effluves d’un crépuscule enivrant,
Ombres allongées comme femme désirant
Élans de l’homme dérisoires.
Plénitude du vibrant solitaire,
Émergence de sommets glazik en gloire,
Accueil des rayons de l’ami Soir
Dont l’onde mon être sidère. »

Le barde écoute, le barde s’ancre :

« Arcanes bleues d’or
Et foi lustrale de l’inspiré
En moi créent l’osmose
Qui fait en éclat voler
Les enclaves carcérales du symbole
La chevalerie du Grand Paraître
Les paroles illusoires du vieux monde. »

Tout là-haut, sur le promontoire
L’homme contemple l’étendue vers l’Océan.
Front radieux, luminescent :

« Qu’Il est loin le souffle du Vent
Porteur d’augures funestes !
Le silence s’accouple à la nuit sereine.
Il procure l’allonge de l’esprit,
Cette sensation douce de l’homme évanescent,
Qui devant les Déités s’incline
Accepte l’abîme du Grand Dessein
Embrasse en lui son destin. »

A ces mots,
L’œil de Bel sombrant
En Baie du Ponant
Vire rouge puissant
Disque incandescent.

Sa clarté de sang ondule,
Sa lumière pourfend
Êtres des plaines, des champs
Ses rayons ciseleurs fécondent
L’Autre Monde et ses profondeurs.

Un feu de vie alors s’anime
Sur le Tertre, où lui répondent,
Alertes, de divins gardiens.
Esus L’Enraciné
Consume l’ancien, putréfie l’intime.
Airmid aux doigts fertiles
Boit du jour les photons ultimes.
Le Grand Cornu en sa grandeur
Gronde et clame dans les bois son ardeur.
Au souffle chaud du Dieu répondent
Les chants du Peuple de l’Autre Monde.

Intron Noz pose à présent sur le dôme son voile.
Tout est suspendu aux vibrations des étoiles.
Et le village en contrebas s’endort une fois encore
Sourd au chant de l’obscur,
Aveuglé par les soutanes, les censures.

Vigile du nemeton
Son feu créateur, le barde tisonne.
Quand point la fin du jour
En lui rayonnent
Être et Awen entrelacés d’amour.
Ses yeux de braise alors se closent,
Des visions d’extase en lui éclosent.
Et son chant s’élève, sa voix explose.
Son esprit de chantre caresse,
Effleure alors avec passion
Le creux des reins de la Tradition.

Exaltation d’un barde dans la tempête


Les sentes de lumière de Brigia
Ont été balayées par le Grand Tonnant.
En ce jour de tempête,
Incessante, ne cesse de vrombir
La rumeur de puissances entêtantes,
Le fracas du vent d’Ys,
Le cri de la Morrigan appelant ses prêtres.
Quel beau tumulte de l’inaudible
Que la Voix des Voies portant fureur sur la cime des arbres
Écumant ce qui doit chuter.
En moi prend le large l’esprit raciné du barde.
Il échoue ce matin sur les rivages d’un Tertre bouleversé, purifié
Par la juste tourmente du Renouveau.

Hymne à Sucellos

ciel obscur

Ô Sucellos aux bras vigoureux
Toi qui te tiens sur le seuil
Où temps et espace ne font qu’un,
En un coup de ton maillet
Le Noir se heurte à l’Ombre
En un coup de ton maillet
S’ouvrent les Grandes Portes.

Ô Sucellos, Passeur devant les passeurs
Dans les profondeurs de ton Royaume, l’ovate descend
Dans les profondeurs de ton Royaume, l’initié ressent
Dans les profondeurs de ton Royaume, le prêtre entend…

En Omnia, Dieu frappeur
Tu dresses ton maillet avec vigueur
Et heurte trois fois le cœur de la Terre
Et la Terre par trois fois vibre
Et la Terre par trois fois pulse
Comme un cœur à l’Autre-Monde soumis .

Dans le Temps hors du Temps, Dieu Aîné,
Dans la Nuit des Sages
Dans l’Au-Delà sans âge
Tu dresses ton marteau avec force
Et frappe trois fois l’Antre des Intermondes.
Ogmios l’Implacable alors surgit
Et par l’onde, le corps trois fois frémit
Et par trois fois l’être se relie
Au Destin, à l’infini.

Et maintenant, Sucellos,
Maître des Portes et des Passages,
Toi qui, auprès d’Ahès, vois les êtres sans fard,
Tu veilles.
Tu veilles au seuil de Seidonos
Tu veilles au passage de ceux qui,
Dans le noir du soir,
Murmurent…
Murmurent aux vivants les secrets de l’âme
Reçoivent des vivants, regrets et larmes.

Toi, filtreur du Monde Ancien,
Gardien de la porte des Ancêtres
Veilleur des Renaissances
Toi qui laisse passer le cheval et le chien
Toi qui nous entraînent en tes riches profondeurs
Anime en nous le souffle de l’Autre-Monde !

Honneur à ta présence, Sucellos !
Honneur à ta puissance, Sucellos !
Honneur à toi, le Frappeur
Ô Sucellos, glorieux dans l’éternité !